Décortiquer le genre polar scandinave

J’ai reçu cette semaine un ouvrage fort intéressant, Scandinavian Crime Fiction, un recueil de 12 essais d’universitaires qui font des recherches sur le genre polar scandinave, publiés sous la direction d’Andrew Nestingen et de Paula Arvas. L’intérêt vient de ce que c’est la première anthologie du genre qui soit publiée en langue autre que scandinave.  Andrew Nestingen est professeur agrégé à la faculté d’études scandinaves à l’Université de Washington où il enseigne les études finnoises, le cinéma et la théorie culturelle scandinaves. Paula Avras est titulaire d’un doctorat en littérature finnoise de l’Université d’Helsinki, enseigne la littérature noire, est auteure de plusieurs livres et mène des recherches sur la place du polar dans la littérature contemporaine, les effets de la guerre sur le genre polar et le roman policier féministe.

L’étude est divisée en trois sections.

La première propose une révision de la tradition de critique sociale dans le genre polar scandinave. On y aborde des thèmes comme la place d’un prototype de Dirty Harry dans l’État‑providence suédois, des tendances néo‑romantiques dans le roman de procédure policière suédois, de l’importance de l’identité nationale dans le roman policier islandais, et de la révision du passé historique de la Suède dans les polars.

Dans la deuxième section il est question de la place faite au pessimisme dans la série de romans de Henning Mankell ayant pour personnage central l’inspecteur Kurt Wallander, des personnages lesbiens de l’auteure norvégienne Anne Holt, de la géographie et des questions liées au genre dans les séries policières télévisées scandinaves, et de la présence des Russes dans les romans noirs finnois et plus généralement scandinaves.

En troisième section on se penche sur la politique de représentation des femmes dans le polar scandinave, tant les auteures que les personnages, sur la solitude, les alibis et la culpabilité collatérale, et sur le réalisme des situations, des récits et des personnages.

Extrait de l’introduction :

« Au cours des années 1990, le polar scandinave a acquis une image de marque à l’échelle de la planète. C’est pourquoi les auteurs scandinaves se sont fait une place dans l’imaginaire populaire transatlantique. Cette image de marque n’a pas été sans créer certaines attentes, comme un climat difficile, des contraintes sociales, des enquêteurs débordés de travail, des conflits interpersonnels, une critique sociale et politique qui se reflètent souvent dans les couvertures de ces romans qui affichent souvent des paysages désolés, des lacs tranquilles, des arbres sans feuilles.

Cet ouvrage cherche à reconstituer la généalogie du genre polar scandinave, mais aussi à étudier sa diversité et son évolution constante. Ce faisant, la présente collection d’essais veut permettre une meilleure compréhension du genre par les lecteurs, à contribuer à une typologie du genre, de son histoire, et des problèmes inhérents au concept de « polar scandinave », sans oublier une catégorisation des conventions, des traditions et conventions littéraires et culturelles.

Nous espérons que ces essais alimenteront la recherche et les débats sur le polar scandinave et ses diverses traditions nationales et transnationales. Ces objectifs, même s’ils n’étaient qu’en partie atteints, enrichiraient et approfondiraient la compréhension que nous avons de cette forme de culture populaire aux frontières nord de l’Europe. »

Bonne lecture.

 

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The Devil’s Star par Jo Nesbø

Cinquième roman d’une série de neuf avec l’inspecteur Harry Hole comme personnage principal, publié 2003, chez Gallimard en 2006 sous le titre L’Étoile du diable. Oslo sous la canicule, ça change de l’extrême-nord suédois. Une jeune femme, Camilla Loen, est assassinée d’une balle au front dans la salle de bain de son appartement d’Oslo. Son index gauche a été coupé et un diamant rouge en forme d’étoile a été glissé sous sa pupille.

Quelques jours plus tard, une jeune femme du nom de Lisbeth Berli, disparaît en plein jour à quelques dizaines de mètres de chez elle sans que personne ne voie rien. La police reçoit par la poste son majeur gauche dans lequel on a glissé une bague ornée d’un diamant rouge à cinq pointes.

Un troisième assassinat survient. La victime est Barbara Svendsen, une jeune femme tuée d’une balle à la tête. Son annulaire a été amputé. On a remplacé une de ses boucles d’oreille par une boucle en forme de cœur à l’intérieur de laquelle on a déposé un diamant rouge à cinq pointes. La police sait maintenant qu’elle a affaire à un tueur en série.

Harry Hole est l’enfant terrible de la brigade criminelle osloïte. Alcoolique hors de contrôle, arrogant, désordonné, il est néanmoins un brillant enquêteur. Mais lorsqu’il se présente sur le lieu du premier crime en état d’ébriété avancé, ça en est trop pour son supérieur qui amorce les procédures de congédiement. Tom Waaler est aussi enquêteur à la brigade criminelle, mais il est tout le contraire d’Harry Hole. Fort compétent, certes, mais il est ambitieux et arriviste. Lorsque le grand patron est confronté à un troisième assassinat, il convainc de retarder son départ, car la brigade est à court d’effectifs en cette période de vacances. Il demande à Harry de mener l’enquête avec Tom.

Le problème est qu’il règne une forte animosité entre les deux hommes. L’ancienne collègue de Harry, Ellen Gjelten, a été assassinée à coups de bâton de baseball. Harry est persuadé que c’est Tom qui a commandé cet assassinat, et qu’il a ensuite tué l’assassin lors de sa tentative d’arrestation. Ellen Gjelten aurait possédé des preuves de l’implication de Tom Waaler dans le trafic d’armes destinées à la pègre locale.

Puis il y a Rakel, la mère d’Oleg, neuf ans, avec qui Harry entretient une relation un peu trouble. Ils ont songé à vivre ensemble, mais l’enquête personnelle qu’a menée Harry à propos de ses activités de contrebande de Tom lui a pris des heures précieuses et a miné sa santé. Il y a évidemment la question de l’alcool. On a souvent dit que l’archétype du personnage de policier dans les romans scandinaves était un homme en milieu de vie, alcoolique, gros fumeur, morose et désabusé. Harry Hole correspond tout à fait au signalement.

Jo Nesbø a d’abord été journaliste avant de s’adonner à la musique dans une formation nommée Di Derre. Son premier roman, Flaggermusmannen (L’Homme chauve‑souris) publié en 1997 a été un succès immédiat. Il avait alors 37 ans. Pour créer le personnage de Harry Hole il dit s’être inspiré d’un ami, un ivrogne qu’il transportait souvent à l’époque où il était chauffeur de taxi, d’autres personnages de fiction, et de sa propre expérience.

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The Hypnotist par Lars Kepler

Lars Kepler (Alexandra et Alexander Ahndoril, voir plus bas) ne croit pas dans les préambules. Dès les premières pages, un homme est assassiné au couteau dans une salle de douches d’un gymnase de Stockholm, et son corps est mutilé, démembré. À quelque distance de là, chez lui, sa femme et sa fille subissent le même sort; Josef, son fils de 15 ans, est lui aussi affreusement mutilé et laissé pour mort. La famille compte un autre membre, Evelyn, 23 ans, qui vit en recluse depuis un certain temps.

L’enquête est confiée à un inspecteur de la brigade nationale, Joona Linna. En fait, arrivé presque par hasard sur les lieux du premier crime, puis informé du second massacre, Linna veut cette enquête, même si normalement elle relèverait de la police locale. Contournant son supérieur immédiat, il s’adresse au grand patron de la police et lui demande de l’affecter à cette sordide affaire. C’est un enquêteur de talent, fin et intelligent, dont le seul défaut est de tenir à ce qu’on reconnaisse ses intuitions.

L’hypnotiseur, c’est Erik Maria Bark, un psychiatre qui a déjà pratiqué l’hypnose, mais qui a juré il y a dix ans de ne plus jamais le faire après qu’une séance eut mal tourné. Accro aux médicaments qu’il se prescrit, il vit avec une femme galeriste qui ne l’aime plus et qui n’a aucune confiance en lui, le soupçonnant de la tromper, et un fils de quinze ans atteint d’une forme d’hémophilie.

Le jeune Josef est dans une unité de soins intensifs. Dans un état comateux, incapable de vraiment parler, il est néanmoins le seul survivant du massacre et son témoignage est essentiel à l’enquête de Joona Linna. Il lui vient donc à l’idée de proposer au docteur d’hypnotiser Josef pour obtenir des détails sur ce qui s’est passé. Bark est réticent, mais l’argument qui fait pencher la balance est qu’Evelyn pourrait être en danger, car on a voulu assassiner toute sa famille. Alors, pourquoi pas elle?

Bark accepte. La femme médecin qui traite Josef donne son accord. Le jeune est mis sous hypnose. Stupéfaction. Le garçon avoue être l’auteur du carnage et s’être infligé lui-même les blessures multiples qui couvrent son corps! Pire, Josef, profitant d’une pause du policier affecté à sa garde, et malgré la gravité de ses blessures, s’échappe de l’hôpital. Au cours de son évasion, il tranche au scalpel la gorge d’une infirmière, et part en cavale meurtrière.

Sauf pour un très long passage, un retour en arrière qui nous explique pourquoi il y a dix ans le docteur Bark avait renoncé à pratiquer l’hypnose, bien que cette explication soit essentielle au récit, l’enchaînement des événements est rapide, les chapitres sont courts. Pas autant que dans The Postcard Killers, mais la plume de l’auteur est alerte.

L’auteur? Il faut parler d’un couple, Alexandra et Alexander Ahndoril, qui ont choisi le nom de plume de Lars Kepler. Ils ont décidé de créer de toutes pièces un personnage, en ont fait en Photoshop un portrait, lui ont dressé une biographie, l’ont affublé d’habitudes. Ils voulaient créer un auteur, et ils ont réussi. Lorsque le livre est paru, il a remporté un succès immédiat. La presse littéraire s’est mise à la recherche de l’auteur. Qui pouvait bien être ce Lars Kepler? D’où sortait-il? Finalement le couple Ahndoril a décidé de renoncer à l’anonymat. Ils ont publié en juillet 2010 un second roman sous le nom de plume de Lars Kepler intitulé en anglais The Paganini Contract, où on retrouve l’inspecteur Joona Linna. Ce livre a été traduit et publié en français en 2011 chez Actes Sud sous le titre Le Pacte. Un troisième livre devrait paraître en suédois au cours de l’année.

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Sun Storm de Åsa Larsson

Sun Storm est le premier romain de la Suédoise Åsa Larsson publié en 2003 sous le titre Solstorm (en français, L’Horreur Boréale, paru chez Gallimard en 2006). Cet ouvrage a valu à son auteure le prix du meilleur premier romain décerné par l’Association suédoise des auteurs de récits policiers. Contrairement à d’autres auteurs de polars, son personnage principal, Rebecka Martinsson (qui apparaîtra dans les romans subséquents de Larsson) ne fait pas partie de police, elle est avocate-fiscaliste, tout comme l’était l’auteure avant de se consacrer uniquement à l’écriture.

Rebecka apprend du radio journal du matin l’assassinat de Viktor Strandgård, un prédicateur charismatique qui officiait dans la petite ville de Laponie suédoise de Kiruna. Elle connaît la ville, car elle y est née, et a aussi bien connu Viktor et sa soeur Sanna, des amis d’enfance. Cette dernière l’appelle dans les minutes qui suivent. Sanna est bouleversée et Rebecka n’a d’autre choix que de se rendre à Kiruna pour la réconforter.

La victime est très connue. Plus jeune, Viktor été renversé par une voiture. Transporté à l’hôpital, il est déclaré cliniquement mort, mais grâce aux efforts déployés par le personnel médical il reprend vie. Une expérience aux frontières de la mort. Un miraculé! On le surnomme le Pèlerin du paradis. L’affaire fait grand bruit dans la petite ville de Kiruna, puis à l’échelle du pays. Viktor en tire un livre, acquiert une renommée mondiale dans le milieu des nouvelles religions et monte sa propre église « libre », l’Église de la force originelle.

Une fois sur place, Rebecka rencontre Sanna qu’elle n’a pas vue depuis plusieurs années. Le climat avait été trouble entre elles, il l’est toujours. La police veut interroger Sanna, car après tout c’est elle qui a découvert le corps de son frère. Elle implore Rebecka de la représenter comme avocate, mais celle-ci refuse d’abord parce qu’elle est avocate fiscaliste et non criminaliste, mais finit par accepter. Pour sortir Sanna de ses embrouilles, Rebecka se trouve une alliée, l’inspectrice Anna-Maria Mella. Les deux femmes mènent leurs enquêtes respectives, mais Rebecka est plus rapide à percer le mystère entourant la mort de Viktor, ce qui l’exposera à tous les dangers. Le dénouement est violent, inattendu.

Le défilement de la trame débute lentement, mais s’accélère une fois que tous les personnages ont été présentés. Le récit est ponctué d’habiles retours en arrière qui expliquent pourquoi Rebecka a quitté Kiruna, quelle était sa relation avec les Strandgård frère et sœur, et aussi avec d’influents membres de l’Église de la force originelle. Åsa Larsson porte d’ailleurs un regard critique sur ces églises dites libres et sur les transactions douteuses qu’elles peuvent cacher.

Åsa Larsson et Rebecka Martinsson ont beaucoup en commun. Elles ont toutes deux grandi à Kiruna, étudié le droit fiscal, puis se sont installées à Stockholm. Pour un auteur, ça simplifie évidemment la recherche que d’être en terrain connu, puis il serait difficile de décrire la réalité quotidienne au dessus du cercle polaire arctique sans l’avoir vécue. Mais il y a plus, car Åsa Larsson a, tout comme son personnage, déjà été près de groupes chrétiens fondamentalistes. En entrevue avec le quotidien West Australian, elle confiait « J’ai eu une période difficile avec les églises libres. Pendant de nombreuses années, j’ai menti aux gens qui m’interviewaient et je disais que, non, je n’éprouvais pas de colère à propos de mon expérience.  Mais bien sûr, j’étais furieuse. Et je vous dirai une chose. Après savoir écrit mes deux premiers romans, dont l’action se situe dans deux églises différentes, j’ai pu entrer dans une église sans éprouver de réaction allergique. »

L’écriture comme thérapie.

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Des sites et des blogues consacrés aux polars

Nombreux sont les amateurs de polars, et nombreux sont les blogues et les sites qui leur sont consacrés. Œuvres individuelles d’amateurs du genre, parfois une démarche collective, on trouve un peu de tout. Point commun de tous ces sites, la passion pour le genre polar. Une brève recension.

L’Actu du noir
Blog de Jean-Marc Laherrère, essentiellement consacré au genre.

Alibis
Alibis c’est un trimestriel québécois entièrement consacré au polar fondé en 2001, mais aussi un excellent site Web.

Carnets noirs
Un blogue sur les nouvelles parutions tenu par une libraire qui écrit « Carnets Noirs, c’est mes agacements de libraire, mes auteurs fétiches et surtout l’envie de partager mes goûts et de faire des rencontres littéraires. »

Dum Spiro Lego
Blogue d’un amateur de polars nordiques.

Grands détectives
Le site dresse une liste de portraits (126) de grands détectives récurrents de la littérature policière, héros d’un genre plus communément appelé polar, et regroupant par genres les romans à énigmes, les romans de procédures policières, etc. On y retrouve entre autres Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Miss Jane Marple et bien d’autres plus contemporains.

Horreur boréale
L’essentiel du polar scandinave et de ses auteurs.

Moisson noire
Autour du polar.

Noir comme polar
Un site de critiques, d’actualités et de chroniques très riche en informations.

Passion-polar
Beaucoup de contenu.

Planète polars
Un blogue de Philippe Lemaire sur le site du Parisien. Critiques et actualités.

Les polars de Mika
Un blogue d’un lecteur passionné.

Les Polarophiles
Un site d’amateurs ordinaires de polars qui critiquent et accordent des cotes de 1 à 5 selon l’intérêt de leurs lectures. À lire aussi, la recette du polar, ses curiosités, et ce qui agace les animateurs du blogue.

ScandiNoir
Site consacré aux livres, nouvelles et auteurs scandinaves de polars.

Un polar
Notes de lectures et critiques d’un collectif de lecteurs et lectrices de polars.

Bonne lecture!

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Glass Devil de Helene Tursten

Glass Devil est le troisième roman de Helene Tursten, publié en 2002 (publié en français chez Lafon en 2010 sous le titre Le diable de verre). On y retrouve le personnage fétiche de Tursten, Irene Huss, enquêteuse au service de police criminelle de Göteborg, principale ville portuaire de Scandinavie. C’est par le rebond qu’une affaire sordide atterrit dans la cour de la petite brigade criminelle de Göteborg. Un cousin de l’inspecteur-chef Sven Andersson, principal d’école, l’appelle se disant inquiet de l’absence d’un de ses professeurs. Un peu embarrassé par cette demande d’un membre de sa famille, Andersson décide quand même d’y jeter un coup d’œil et embrigade Irene Huss pour l’accompagner au petit bourg de Nörssjon où est située l’école de son cousin.

Une fois sur place, ils se rendent au domicile du professeur Jacob Schyttelius et le découvrent mort. Il a été atteint d’une balle de fort calibre tirée à courte distance. Un pentagramme inversé a été tracé avec le sang de la victime sur l’écran de son ordinateur. Il faut évidemment informer les parents de Jacob, le pasteur Sten Schyttelius et sa femme Elsa. Mais on les trouve aussi morts, atteint eux aussi de projectiles de fort calibre alors qu’ils étaient au lit. Et à la résidence du pasteur, on trouve aussi un pentagramme inversé tracé sur l’écran d’ordinateur avec le sang des deux victimes.

La seule membre toujours vivante de cette famille est la sœur de Jacob, fille de Sten et Elsa, Rebecka qui vit à Londres depuis quelques années. Brillante informaticienne, elle travaille pour le compte d’une modeste, mais très cotée entreprise d’experts-conseils. Elle souffre cependant de profonds épisodes de dépression, ce que la nouvelle de la mort de sa famille ne fait rien pour aider. Pour la brigade criminelle de Göteborg, la piste évidente est celle de groupes satanistes qui ont déjà incendié un lieu de culte. L’enquête est lancée.

J’ai bien aimé le roman précédent de Tursten, Torso, et j’écrivais « C’est un roman au rythme rapide. L’intrigue est bien construite et les événements se déroulent en l’espace de deux ou trois semaines. On en apprend presque autant sur la vie d’une famille de classe moyenne suédoise que sur les techniques d’enquête, mais sans alourdir ou ralentir le récit. » Or, j’ai été déçu en lisant Le diable de verre.

D’une part, on n’y retrouve pas le rythme. La narration est alourdie par de trop lents comptes rendus d’entretiens avec des membres de la communauté religieuse de Nörssjon, à moins qu’on ne s’intéresse à la hiérarchie du clergé protestant suédois. Autre frein au défilement de la trame principale, l’équipier habituel d’Irene, Tommy, a un dossier chaud en main, celui d’un brigand notoire du nom d’Asko Pihlainen accusé du meurtre d’un autre truand. Or, cette affaire n’apporte rien à l’enquête sur l’assassinat des Schyttelius, tout au plus elle distrait de la lourdeur de la chasse aux satanistes.

L’énigme en soi n’est pas inintéressante, le dénouement étonne et c’est bien. Le problème est que Tursten a surchargé le récit d’éléments dont on aurait pu se passer. Dommage.

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The Postcard Killers, de James Patterson et Liza Marklund

The Postcard Killers est un livre à quatre mains de James Patterson et Liza Marklund (dont je vous ai déjà parlé ici) qui ne manque pas d’étonner. Publié en français aux éditions Archipel sous le titre Bons baisers du tueur. Commençons par l’intrigue. En guise de prologue, les auteurs nous décrivent la rencontre de deux couples de touristes à Paris, au Louvre, un couple américain et l’autre britannique. Après un repas bien arrosé, la soirée se termine dans la chambre d’hôtel. Le couple britannique est drogué par l’homme l’américain, puis la femme les égorge sauvagement. Ils effacent toute empreinte pouvant témoigner de leur passage dans la chambre et quittent l’hôtel. Six mois auparavant, à Rome, la fille de Jacob Kanon et son mari ont subi le même sort. Devant l’incapacité de la police à trouver quelque indice sur l’identité du ou des tueurs, Kanon, enquêteur au service des homicides de la police de New York, s’était rendu sur place pour y mener sa propre enquête. Les polices européennes s’inquiètent parce que des meurtres semblables sont commis dans d’autres capitales d’Europe avec une régularité alarmante,

Outre le fait que toutes les victimes sont des couples en vacances, et qu’elles sont égorgées, les crimes présentent une autre similitude. Quelques jours avant qu’ils soient commis, un journaliste local affecté aux questions judiciaires reçoit une carte postale de cette ville. Une fois le meurtre commis, habituellement deux ou trois jours après, ce même journaliste reçoit une photo polaroid de la scène du crime et des victimes.

Stockholm. Dessie Larsson, recherchiste et collaboratrice occasionnelle au quotidien Aftonposten, reçoit une carte postale présentant toutes les similarités des autres cartes annonciatrices de crimes. Un meurtre est imminent. Kanon qui est alors à Berlin où a été commis le dernier crime de la série apprend de la police berlinoise que Dessie Larsson vient de recevoir une des cartes fatidiques et se rend immédiatement à Stockholm.

L’accueil est froid, en partie à cause du stress ressenti par Dessie après avoir reçu la carte postale. Pour ce qui est des policiers, ils n’aiment pas que des gens de l’extérieur se mêlent de leurs enquêtes. Le lendemain les corps sont découverts dans une chambre d’hôtel. Comme Kanon connaît à fond le modus operandi, il est d’ores et déjà en mesure d’éclairer les policiers et de leur économiser un temps précieux.

« Vous trouverez au moins une bouteille de champagne vide ici », dit-il à l’enquêteur principal sur la scène du crime. « Probablement du Moët et Chandon. Quatre verres, et dans deux verres des traces d’un médicament appelé cyclopentolate. Un relaxant musculaire utilisé lors d’examens oculaires pour dilater la pupille. » Les tueurs droguent donc les victimes. Puis sur la technique, le tueur les égorge lors qu’ils tombent inconscients. Le tueur est droitier et utilise un petit instrument tranchant. Il le fait par derrière, piquant d’abord la jugulaire gauche puis coupe la trachée-artère. Les corps sont ensuite placés dans d’étranges positions avant d’être photographiés. Cette connaissance des détails de l’ensemble de ces crimes vaut à Kanon d’être associé, sous certaines réserves, à l’enquête.

Pour sa part, une intuition de Dessie s’avère précieuse pour l’enquête en cours. Elle parvient à établir un lien entre la position inhabituelle des corps trouvés à Stockholm et un tableau exposé au Musée d’art moderne de la ville. En fait elle découvre que toutes les photos des horribles crimes évoquent des tableaux d’un musée de la ville où ils ont été commis.

Jacob Kanon et Dessie Larsson décident alors de travailler ensemble à résoudre l’énigme. Deux coups de feu seulement dans ce roman.

C’est un roman qui progresse à vive allure avec fort peu de temps morts. Méthode inusitée d’écriture, le livre comporte 140 chapitres sur 419 pages! Des phrases courtes, des paragraphes courts. D’après divers articles et entrevues que j’ai consultés, c’est James Patterson, qui avait lu tous les livres de Liza Marklund, qui a proposé à la suédoise d’écrire un roman à quatre mains. Marlund a rendu visite à Patterson qui habite en Floride où ils ont échangé sur de possibles scénarios. Par la suite, une bonne partie du travail s’est fait par courriel entre les deux auteurs. Si le style est plus marqué, il s’agit de l’empreinte de Patterson qui écrit souvent dans ce style succinct. On sait que Liza Marklund est une des auteures de polars les plus lues en Scandinavie, rappelons que James Patterson détient un record Guinness, celui de l’auteur ayant eu le plus de ses livres dans la liste des best-sellers du New York Times.

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