Glass Devil de Helene Tursten

Glass Devil est le troisième roman de Helene Tursten, publié en 2002 (publié en français chez Lafon en 2010 sous le titre Le diable de verre). On y retrouve le personnage fétiche de Tursten, Irene Huss, enquêteuse au service de police criminelle de Göteborg, principale ville portuaire de Scandinavie. C’est par le rebond qu’une affaire sordide atterrit dans la cour de la petite brigade criminelle de Göteborg. Un cousin de l’inspecteur-chef Sven Andersson, principal d’école, l’appelle se disant inquiet de l’absence d’un de ses professeurs. Un peu embarrassé par cette demande d’un membre de sa famille, Andersson décide quand même d’y jeter un coup d’œil et embrigade Irene Huss pour l’accompagner au petit bourg de Nörssjon où est située l’école de son cousin.

Une fois sur place, ils se rendent au domicile du professeur Jacob Schyttelius et le découvrent mort. Il a été atteint d’une balle de fort calibre tirée à courte distance. Un pentagramme inversé a été tracé avec le sang de la victime sur l’écran de son ordinateur. Il faut évidemment informer les parents de Jacob, le pasteur Sten Schyttelius et sa femme Elsa. Mais on les trouve aussi morts, atteint eux aussi de projectiles de fort calibre alors qu’ils étaient au lit. Et à la résidence du pasteur, on trouve aussi un pentagramme inversé tracé sur l’écran d’ordinateur avec le sang des deux victimes.

La seule membre toujours vivante de cette famille est la sœur de Jacob, fille de Sten et Elsa, Rebecka qui vit à Londres depuis quelques années. Brillante informaticienne, elle travaille pour le compte d’une modeste, mais très cotée entreprise d’experts-conseils. Elle souffre cependant de profonds épisodes de dépression, ce que la nouvelle de la mort de sa famille ne fait rien pour aider. Pour la brigade criminelle de Göteborg, la piste évidente est celle de groupes satanistes qui ont déjà incendié un lieu de culte. L’enquête est lancée.

J’ai bien aimé le roman précédent de Tursten, Torso, et j’écrivais « C’est un roman au rythme rapide. L’intrigue est bien construite et les événements se déroulent en l’espace de deux ou trois semaines. On en apprend presque autant sur la vie d’une famille de classe moyenne suédoise que sur les techniques d’enquête, mais sans alourdir ou ralentir le récit. » Or, j’ai été déçu en lisant Le diable de verre.

D’une part, on n’y retrouve pas le rythme. La narration est alourdie par de trop lents comptes rendus d’entretiens avec des membres de la communauté religieuse de Nörssjon, à moins qu’on ne s’intéresse à la hiérarchie du clergé protestant suédois. Autre frein au défilement de la trame principale, l’équipier habituel d’Irene, Tommy, a un dossier chaud en main, celui d’un brigand notoire du nom d’Asko Pihlainen accusé du meurtre d’un autre truand. Or, cette affaire n’apporte rien à l’enquête sur l’assassinat des Schyttelius, tout au plus elle distrait de la lourdeur de la chasse aux satanistes.

L’énigme en soi n’est pas inintéressante, le dénouement étonne et c’est bien. Le problème est que Tursten a surchargé le récit d’éléments dont on aurait pu se passer. Dommage.

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The Postcard Killers, de James Patterson et Liza Marklund

The Postcard Killers est un livre à quatre mains de James Patterson et Liza Marklund (dont je vous ai déjà parlé ici) qui ne manque pas d’étonner. Publié en français aux éditions Archipel sous le titre Bons baisers du tueur. Commençons par l’intrigue. En guise de prologue, les auteurs nous décrivent la rencontre de deux couples de touristes à Paris, au Louvre, un couple américain et l’autre britannique. Après un repas bien arrosé, la soirée se termine dans la chambre d’hôtel. Le couple britannique est drogué par l’homme l’américain, puis la femme les égorge sauvagement. Ils effacent toute empreinte pouvant témoigner de leur passage dans la chambre et quittent l’hôtel. Six mois auparavant, à Rome, la fille de Jacob Kanon et son mari ont subi le même sort. Devant l’incapacité de la police à trouver quelque indice sur l’identité du ou des tueurs, Kanon, enquêteur au service des homicides de la police de New York, s’était rendu sur place pour y mener sa propre enquête. Les polices européennes s’inquiètent parce que des meurtres semblables sont commis dans d’autres capitales d’Europe avec une régularité alarmante,

Outre le fait que toutes les victimes sont des couples en vacances, et qu’elles sont égorgées, les crimes présentent une autre similitude. Quelques jours avant qu’ils soient commis, un journaliste local affecté aux questions judiciaires reçoit une carte postale de cette ville. Une fois le meurtre commis, habituellement deux ou trois jours après, ce même journaliste reçoit une photo polaroid de la scène du crime et des victimes.

Stockholm. Dessie Larsson, recherchiste et collaboratrice occasionnelle au quotidien Aftonposten, reçoit une carte postale présentant toutes les similarités des autres cartes annonciatrices de crimes. Un meurtre est imminent. Kanon qui est alors à Berlin où a été commis le dernier crime de la série apprend de la police berlinoise que Dessie Larsson vient de recevoir une des cartes fatidiques et se rend immédiatement à Stockholm.

L’accueil est froid, en partie à cause du stress ressenti par Dessie après avoir reçu la carte postale. Pour ce qui est des policiers, ils n’aiment pas que des gens de l’extérieur se mêlent de leurs enquêtes. Le lendemain les corps sont découverts dans une chambre d’hôtel. Comme Kanon connaît à fond le modus operandi, il est d’ores et déjà en mesure d’éclairer les policiers et de leur économiser un temps précieux.

« Vous trouverez au moins une bouteille de champagne vide ici », dit-il à l’enquêteur principal sur la scène du crime. « Probablement du Moët et Chandon. Quatre verres, et dans deux verres des traces d’un médicament appelé cyclopentolate. Un relaxant musculaire utilisé lors d’examens oculaires pour dilater la pupille. » Les tueurs droguent donc les victimes. Puis sur la technique, le tueur les égorge lors qu’ils tombent inconscients. Le tueur est droitier et utilise un petit instrument tranchant. Il le fait par derrière, piquant d’abord la jugulaire gauche puis coupe la trachée-artère. Les corps sont ensuite placés dans d’étranges positions avant d’être photographiés. Cette connaissance des détails de l’ensemble de ces crimes vaut à Kanon d’être associé, sous certaines réserves, à l’enquête.

Pour sa part, une intuition de Dessie s’avère précieuse pour l’enquête en cours. Elle parvient à établir un lien entre la position inhabituelle des corps trouvés à Stockholm et un tableau exposé au Musée d’art moderne de la ville. En fait elle découvre que toutes les photos des horribles crimes évoquent des tableaux d’un musée de la ville où ils ont été commis.

Jacob Kanon et Dessie Larsson décident alors de travailler ensemble à résoudre l’énigme. Deux coups de feu seulement dans ce roman.

C’est un roman qui progresse à vive allure avec fort peu de temps morts. Méthode inusitée d’écriture, le livre comporte 140 chapitres sur 419 pages! Des phrases courtes, des paragraphes courts. D’après divers articles et entrevues que j’ai consultés, c’est James Patterson, qui avait lu tous les livres de Liza Marklund, qui a proposé à la suédoise d’écrire un roman à quatre mains. Marlund a rendu visite à Patterson qui habite en Floride où ils ont échangé sur de possibles scénarios. Par la suite, une bonne partie du travail s’est fait par courriel entre les deux auteurs. Si le style est plus marqué, il s’agit de l’empreinte de Patterson qui écrit souvent dans ce style succinct. On sait que Liza Marklund est une des auteures de polars les plus lues en Scandinavie, rappelons que James Patterson détient un record Guinness, celui de l’auteur ayant eu le plus de ses livres dans la liste des best-sellers du New York Times.

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Septembre 2002

Septembre 2002, l’exposition World Press Photo est de passage à Montréal. Dans la grande salle de la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal, c’est l’«État du monde» en photographie qui s’étale. Dans un coin, quatre photos des tours du World Trade Center en flammes, et devant ces photos un couple qui passe de longues minutes à regarder en silence.

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Torso de Helene Tursten

Torso est le deuxième roman écrit par la Suédoise Helene Tursten en 2000 (version française publiée en 2008 aux éditions Michel Lafon sous le titre Un torse dans les rochers). Irene Huss, début quarantaine, mariée et mère de jumelles adolescentes, ex-championne européenne de judo, est enquêteuse au service de police criminelle de Göteborg, principale ville portuaire de Scandinavie. Une femme promenant son chien le long d’une plage découvre un sac contenant un torse humain, et Huss et ses collègues se voient confier l’enquête.

Premier obstacle, le torse en question a été minutieusement charcuté, au point où il est impossible sur le coup de déterminer si la victime était un homme ou une femme. Seul indice probant, un tatouage sur l’épaule droite, un « Y » inversé dont le pied est traversé par deux traits. Et autour de ce signe, un dragon qui mange sa queue. Grâce à un test de chromosomes, le médecin légiste parvient à établir que la victime était un homme et à extrapoler quelques autres caractéristiques. Mais c’est peu pour Huss et ses collègues, et l’enquête piétine. D’autres sacs contenant des restes humains sont découverts, mais toujours aucun indice sur l’identité de la victime.

Un artiste reconstitue en dessin le tatouage, et les enquêteurs de la brigade criminelle suivent la piste des salons de tatouage avec une reproduction du dessin dans l’espoir de trouver quelqu’un qui pourrait identifier celui qui l’aurait commandé. Peine perdue. Les tatoueurs rencontrés doutent d’ailleurs que le tatouage ait été fait en Suède tellement il a été exécuté avec soin, y compris en dégradés de couleurs. L’œuvre de plusieurs jours. Le dessin est acheminé aux divers corps policiers scandinaves. La brigade criminelle de Copenhague signale que ce dessin est identique à l’enseigne d’une boutique près de ses bureaux.

Irene Huss se rend donc sur place et la « vraie » enquête commence. La police copenhagoise a aussi un cas non élucidé de meurtre suivi de décapitation à résoudre, et les deux cas présentent des similitudes : la nécrophilie. Huss est entraînée dans un milieu sombre où rien ne peut être tenu pour acquis. Peu à peu, elle sent que le meurtrier, qui n’a toujours pas été identifié, se rapproche d’elle et des siens. Panique. Tout se règle, c’est sûr, mais à quel prix, et par qui?

C’est un roman au rythme rapide. L’intrigue est bien construite et les événements se déroulent en l’espace de deux ou trois semaines. On en apprend presque autant sur la vie d’une famille de classe moyenne suédoise que sur les techniques d’enquête, mais sans alourdir ou ralentir le récit. Typique d’un roman suédois, on y boit beaucoup de café, et la bouffe occupe une place importante, car le mari d’Irene est chef cuisinier dans un des restaurants cotés de Göteborg.

Fait singulier, je crois que c’est le premier polar que je lis où on ne tire pas un seul coup de feu. Il y a certes plusieurs horribles assassinats, mais jamais de coup de feu, ni des criminels ou de la police.

Helene Tursten a un étrange parcours pour une auteure. D’abord infirmière, puis dentiste, elle est forcée de mettre un terme à sa carrière et de prendre sa retraite à 39 ans après avoir contracté un trouble rhumatismal chronique. Elle devient alors traductrice de textes médicaux avant d’écrire en 1998 son premier roman et de créer le personnage d’Irene Huss. Un autre de ses romans, Le diable de verre, a été traduit en français et publié chez Michel Lafon. Bon nombre de ses ouvrages ont été scénarisés en films pour la télévision suédoise et mettent en vedette Angela Kovacs dans le rôle d’Irene Huss.

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Red Wolf de Liza Marklund

Red Wolf, de la Suédoise Liza Marklund, a été publié en 2003 sous le titre Den röda vargen. Ce roman est le cinquième d’une série ayant pour personnage principal la journaliste Annika Bengtzon qu’on trouve ici affectée aux actualités et aux dossiers judiciaires dans un important tabloïd de Stockholm, le Evening Post en version anglaise de l’ouvrage. Mariée, mère de deux enfants, Annika a peine à concilier travail et famille. Quelques mois auparavant, elle a été prise en otage par un tueur en série (son roman précédent, The Bomber), avait passé la nuit à discuter avec lui, et après un dénouement spectaculaire, avait été le centre d’attention de tous les médias nationaux et internationaux. Ça n’allait pas nuire, loin de là, à la popularité du Post qui, après lui avoir accordé quelques mois de congé pour se remettre de son expérience, lui permet de travailler en autonome, de choisir ses dossiers et ses sujets.

Elle décide de s’intéresser à un attentat terroriste perpétré il y a une trentaine d’années sur une base de l’aviation suédoise située à Luleå dans le « Grand nord » du pays et sur lequel les autorités ont toujours été très avares de détails. D’ailleurs, personne n’a jamais été arrêté en relation avec l’attentat.

Au fil de ses recherches, elle découvre qu’un journaliste de Luleå, Benny Ekland, vient de publier une série d’articles sur le sujet dans le quotidien local. Il y a bon nombre d’éléments déjà connus dans ses articles, mais il apporte aussi des faits nouveaux, ce qui pique la curiosité d’Annika. Elle communique avec lui, prend rendez-vous, se rend à Luleå. Or, en arrivant sur place, elle téléphone au journal où travaille Ekland, mais on lui apprend qu’il est mort la veille, renversé par un véhicule. La police croit à un délit de fuite, mais il y a un témoin qu’on retrouve assassiné trois jours plus tard. D’autres assassinats suivent, la trame est complexe, mais peu à peu la journaliste trouve et assemble les multiples pièces du casse-tête. Elle ne l’aura cependant pas facile, car en plus elle est atteinte depuis sa prise en otage d’acouphènes, des « voix d’anges » dit-elle, et d’hyperventilation qui se manifestent évidemment aux pires moments.

L’expérience de journaliste de Liza Marklund aide certainement à décrire d’une manière crédible le milieu dans lequel son personnage évolue. Bien entendu Internet, Google et les cellulaires sont omniprésents. La critique sociale étant une caractéristique du polar scandinave, l’auteure ne se gêne pas non plus pour formuler au passage des commentaires sur la liberté d’expression, la propriété des médias, la presse à sensation, les techniques journalistiques. Elle aborde aussi les relations de couple. Son mari a une aventure qui pourrait compromettre leur union; sa meilleure amie Anne Snapphane, personnage récurrent de la série des Annika Bengtzon, hypocondriaque chronique, entretient une relation trouble avec son ex-mari.

C’est un roman solide au déroulement rapide, peu de temps morts. Contrairement à d’autres ouvrages de Liza Marklund, Red Wolf n’a (pas encore) été traduit du suédois au français. La lecture de la traduction en anglais est un peu laborieuse, car le texte manque de fluidité.

Liza Marklund est née en 1962 dans un petit village de Suède près du cercle polaire arctique. Tour à tour journaliste d’enquête pour les médias imprimés (comme son héroïne Annika Bengtzon), puis chef de rédaction dans des journaux et à la télévision. En plus d’écrire ses romans (13 millions d’exemplaires vendus en 30 langues) elle réalise des documentaires pour la télévision, notamment sur les enfants atteints du VIH/sida au Cambodge et en Russie, et est copropriétaire d’une importante maison d’édition suédoise, Piratförlaget. En 2004, en raison de son intérêt pour les questions des droits de la personne témoigné dans ses activités professionnelles, elle a été nommée ambassadrice du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

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