À propos d’Haïti

Mercredi le 12 janvier marquera le premier anniversaire du séisme qui a dévasté Haïti, ce que les médias ne manqueront pas de nous rappeler ad nauseam. Jusqu’à présent, beaucoup de questions et peu de réponses. Pourquoi tant de temps avant de dégager les ruines? Où en est rendue la « reconstruction »? Pourquoi avoir tenté de tenir des élections alors qu’une épidémie de choléra se conjuguait à la destruction de l’ensemble des infrastructures du pays? Où est l’argent? Bien des questions, on n’en finit plus.

J’y irai de la mienne, bien que je n’espère pas facilement y trouver réponse, malgré les nombreuses missives diplomatiques étasuniennes rendues publique par WikiLeaks.

Pourquoi l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince est-elle la quatrième en importance parmi la cinquantaine dont se dote Washington dans le monde dans le cadre de son programme de New Embassy Compounds mis en branle sous l’administration Bush fils? Elle a été construite au coût de 75 millions de dollars, occupe une superficie de 10 acres, peut accommoder 1 000 employés, est dotée d’un atrium, d’une piscine, de son propre système électrogène, d’une usine de traitement de l’eau, etc. Elle loge une annexe des General Services Offices (intendance), une caserne de Marines qui assurent la sécurité des lieux, et une unité de services (eau, électricité), un système d’irrigation pour l’aménagement paysager, etc. Au plus fort de la construction achevée il y a un peu plus de deux ans et demi, 1 200 travailleurs s’affairaient sur le chantier. Ils ont accumulé plus de 5,5 millions d’heures personnes.

Ces renseignements de base sont tirés d’un article du Miami Herald repris sur le site Haïti Exchange en juin 2008.

Inaugurée en juin 2008, elle a peu souffert du tremblement de terre de janvier 2010.

Mettons les choses en perspectives.

La plus grosse de ces ambassades de construction récente est à Bagdad. On comprend qu’après ce que l’aventure irakienne a coûté, on veuille s’assurer de la rentabilité de l’investissement et une forte présence dans la région.

Au deuxième rang on trouve l’ambassade à Beijing. L’importance de la Chine sur tous les plans (économique, géopolitique, etc.) n’est plus à démontrer, donc sage décision d’y assurer une présence importante.

L’ambassade de Berlin se classe bonne troisième. L’Allemagne, cinquième économie au monde, offre une ouverture sur l’Europe et l’ancienne Europe de l’Est. Là encore, tout est dans l’ordre des choses.

En quatrième place, à Port-au-Prince, plus précisément à Tabarre à proximité de l’aéroport, l’ambassade de construction récente (surmontée de cinq meurtrières) est dix fois plus spacieuse que l’ancienne ambassade qui était à moins d’un kilomètre de l’ancien palais présidentiel.

Mentionnons au passage que le cinquième rang de cet étrange palmarès appartient à Mumbai, capitale et métropole de l’Inde, une ville qui compte deux fois la population entière d’Haïti.

Or, pourquoi cette décision du State Department de construire à Port-au-Prince une ambassade hors de toute proportion logique eu égard à l’importance économique et géostratégique actuelle d’Haïti?

Certains affirment que ces gigantesques installations sont nécessaires vu la pauvreté du pays. On s’entend que la somme d’aide sous toutes ses formes accordée par les États-Unis exige qu’on dispose de telles ressources sur place. Autre conséquence de la pauvreté, les demandes de visas pour les États-Unis ont toujours été très nombreuses. Il y avait une trentaine de guichets aux services consulaires de l’ancienne ambassade, il y en aura une centaine dans la nouvelle.

Par contre, d’autres prétendent qu’il y aurait des gisements pétroliers et gaziers en Haïti (tout comme à Cuba), ce qui constituerait le motif du renversement d’un président démocratiquement élu et de l’occupation par un important contingent militaire des Nations Unies. Voir à ce sujet les textes de l’avocate et artiste multidisciplinaire Ezili Dantò (Marguerite Laurent). Selon Madame Dantò, des entreprises étasuniennes auraient découvert il y a plusieurs années des gisements pétroliers en Haïti. La décision fut alors prise de conserver ce pétrole en réserve pour parer aux futures pénuries. Cette théorie est étayée par d’autres chercheurs dont le Dr Georges Michel (voir de l’auteur Pétrole en Haïti). En outre, les pétrolières auraient des visées sur les sites propices aux ports en eaux profondes pour y entreposer du pétrole, installer des raffineries, etc.

S’il s’agit d’une simple théorie, elle expliquerait néanmoins pourquoi une ambassade des États-Unis d’une telle importance à Port-au-Prince.

En attendant WikiLeaks…

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Un commentaire pour À propos d’Haïti

  1. Luc Séguin dit :

    Enfin, vous voici de retour ! Et comme toujours, pertinent.

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