Le retour de Duvalier : plus de questions que de réponses

Jean-Claude Duvalier n’a jamais été un politicien brillant. Des personnes qui ont fréquenté avec lui le collège Saint Louis de Gonzague (où il y eut en avril 1963 une tentative d’enlèvement) me l’ont décrit comme timide, introverti, et surtout pas un premier de classe. On lui avait même donné le surnom de Tèt-panye (équivalent en créole de cabochon). S’il s’est maintenu au pouvoir si longtemps, c’est à cause des personnes qui l’entouraient, dont en fin de règne les ministres Chanoine, Achille, Merceron, Estimé et qui avec lui, le président, formaient ce qu’on appelait à la blague la CAMEP (qui en fait était la Centrale autonome métropolitaine d’eau potable).

Mais de son exil français, comment Duvalier a-t-il pu croire que son arrivée en Haïti resterait sans conséquence? Il a dû recevoir des assurances sur sa sécurité et sa liberté de mouvement, voire une certaine forme d’immunité, mais de qui? Un coup machiavélique de Préval (muet et invisible depuis plusieurs jours) pour détourner l’attention de l’épidémie de choléra qui n’a toujours pas atteint son pic de contagion, et des tergiversations électorales? Une manigance franco-étasunienne, là encore pour brouiller les cartes et, dans ce cas, intimider Préval? Ou encore un pied de nez d’une des forces en présence? On l’ignore. Chose certaine, une des voitures qui a conduit Duvalier de l’aéroport à son hôtel portait une plaque du corps consulaire (CC 00132). On aimerait bien savoir de quelle ambassade venait cette voiture (source). Puis, un second véhicule de ce convoi d’accueil portait un autocollant à l’effigie du Conseil électoral provisoire (source). Voiture d’un officiel, d’un candidat ou d’un simple citoyen?

Ceci dit, une suggestion de lecture. Dans le site Web de Mondialisation, un excellent article de Julie Lévesque, Haïti: Le retour de Duvalier et la « nostalgie » de la dictature. Solidement documenté, l’article met en perspective ce retour inopiné de Duvalier en Haïti, relève les contradictions de l’ambassadeur français Didier Le Bret sur le statut de l’ex-président, et traite d’accointances étranges. Extrait : «les accusations de fraude ont fusé de toute part après la divulgation des résultats du vote de novembre dernier. Après avoir révisé les résultats, l’OEA a suggéré que le poulain de Préval, Jude Célestin, se retire de la course et laisse sa place au chanteur populaire Michel Martelly, alias ‘Sweet Mickey’, lequel, ‘lors d’une récente conférence de presse, […] a parlé avec nostalgie de l’ère Duvaliériste’. […] Par ailleurs, Reynold Georges, avocat réputé en Haïti, a conseillé Jean-Claude Duvalier au moment où des accusations de détournement de fonds et de corruption ont été portées contre lui le 18 janvier, deux jours après son arrivée. M. Georges est un allié de Mme Manigat. Ces liens ne prouvent rien en soi, mais portent à se questionner sur les allégeances de Mme Manigat, qui, rappelons le, mène dans la course présidentielle.» À lire.

Des dates à surveiller. Demain, 23 janvier, appel de douze candidats à la présidence à manifester pour l’annulation du scrutin du 28 novembre en raison des fraudes lors du premier tour. Le Conseil électoral provisoire a annoncé qu’il publierait les résultats définitifs le 31 janvier, de manière à organiser un second tour à la mi-février. Le 7 février marquera le 25e anniversaire du départ de Jean-Claude Duvalier.

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