Suleiman, le tortionnaire?

La nomination par Hosni Moubarak d’Omar Suleiman (photo Al Jazeera) au poste de vice-président d’Égypte il y a quelques jours en a étonné plus d’un, car le poste était vacant depuis 1981. D’autres avaient entrevu cette possibilité bien avant la crise actuelle, comme en témoigne ce message confidentiel daté de juin 2005 transmis depuis l’ambassade étasunienne au Caire au State Department et rendu public par WikiLeaks.

Cette nomination n’est pas banale, surtout dans un scénario de départ du président Moubarak, car en vertu de l’article 82 de la Constitution égyptienne, «Au cas où le Président de la République serait empêché provisoirement d’exercer ses fonctions, il peut déléguer ses pouvoirs au vice-président de la République.»

Suleiman, chef des services secrets égyptiens (EGIS), est évidemment très près de Moubarak, mais entretient aussi des liens étroits avec ses homologues de la région, y compris avec les services secrets israéliens (Mossad), et bien évidemment avec la CIA.

Mardi dernier, le Washington Post exprimait toutefois certaines réserves sur cette nomination. «Selon de hauts responsables américains et des experts du Moyen-Orient, même pour être accepté à titre de chef intérimaire de l’État par les Égyptiens, il devra prendre ses distances de Mubarak et tenter de faire oublier sa longue association avec les services de renseignement.»

Et de poursuivre le Post, «Suleiman s’est attiré les critiques d’organismes de défense des droits de la personne pour avoir travaillé étroitement avec la CIA au controversé programme de ‘transferts’ de détenus par lequel l’agence de renseignement étasunienne remettait secrètement entre les mains des Égyptiens des personnes soupçonnées de terrorisme pour qu’elles soient interrogées. Plusieurs ex-détenus ont par la suite dit qu’ils avaient été torturés.»

Citant un ex-responsable de la CIA, le Post écrit que l’agence avait remis aux services secrets égyptiens environ 25 prisonniers capturés lors d’opérations anti terroristes pour contourner l’interdiction de torture imposée aux services de renseignement des États-Unis, et que Suleiman avait assurément été complice de ces «transactions».

Selon l’organisme Aliran, Suleiman aurait participé lui-même à l’interrogation «musclée» d’un citoyen australien d’origine égyptienne, Mamdouh Habib. Pendant l’interrogatoire, Habib reçut un coup au visage si violent que le bandeau qui lui recouvrait les yeux tomba. Il reconnut alors Suleiman. Je vous épargne les détails de l’article d’Aliran, ainsi qu’une foule d’autres trouvés sur divers sites.

C’est donc cet homme, Suleiman, qui accéderait du moins temporairement à la tête de l’État égyptien advenant le départ d’Hosni Moubarak. Pas de quoi rassurer le bon peuple égyptien. Quant aux autres chefs d’État, restera à voir comment ils transigeront avec Suleiman sur qui pèsent de lourdes allégations de torture.

Mise à jour : 5 février

Un dossier assez complet de James Ridgeway de Mother Jones sur le sujet.
Exchanging a Dictator for a Torturer

Mise à jour : 19 juillet 2012
L’ancien vice-président égyptien Omar Suleiman est décédé jeudi à l’âge de 75 ans aux Etats-Unis.

L’ancien chef des renseignements et vice-président égyptien Omar Suleiman est mort jeudi aux Etats-Unis, a annoncé l’agence de presse MENA.

Agé de 76 ans, Omar Suleiman est mort dans un hôpital américain tôt jeudi, rapporte MENA, sans plus de détails.

Source : ATS

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