À propos des polars

J’aime bien les polars, c’est convenu. Par exemple, l’été dernier, je me suis tapé en rafale cinq romans de Michael Connelly, deux de James Lee Burke, puis un David Fulmer, un Patricia Cornwell, un Ian Rankin, un Patrick Susskind, puis un Henning Mankell. L’été précédent avait été consacré à la trilogie Millenium de Stieg Larsson et à trois romans de Stephen L. Carter. Mon libraire en ligne m’aime bien. On lisait l’été dernier dans Le Point : «Selon l’enquête du ministère de la Culture sur les pratiques culturelles des Français, effectuée tous les dix ans, « le policier est devenu le genre de livres lu le plus souvent ». Un livre sur quatre acheté par les Français est un polar. Les « serial lecteurs », qui sont à 70% des lectrices, se recrutent dans toutes les couches sociales et le polar transcende les générations.»

Puis, dans Le Monde, «François Guérif, directeur de la collection Rivages Noir Payot. Pour lui, le polar est « le reflet de la société. Il permet de disséquer le monde, depuis les hautes sphères de la finance jusqu’aux bas-fonds. Tous les sujets peuvent être traités par le biais du polar, c’est ce qui fait sa force et son succès. »»

Le genre policier a ses modes et ses tendances. Depuis la découverte de Mankell, puis de Larsson, ce sont les auteurs scandinaves qui ont la cote. Benjamin Berton, en clin d’oeil, nous donne ses cinq raisons d’aimer le polar scandinave. En bref : la lumière du Nord se prête mieux à des récits d’ambiance; le polar nordique rappelle la magie de Derrick et de Tatort, il y a pas mal d’îles où planquer les corps, les enquêteurs peuvent se taper des nanas qui ont la classe; les sociétés nordiques sont rationnelles.

Il y a aussi toute une sous-industrie foisonnante du roman policier. Par exemple, Alain Bellet a publié aux Éditions Eyrolles un livre destiné à ceux et celles qui voudraient tenter l’expérience d’auteur de polar, Écrire un roman policier et se faire publier. Selon l’éditeur : «Longtemps dénigrée, la littérature policière s’impose aujourd’hui comme un genre noble, au succès mondial inégalé. Nombreux sont ainsi ceux qui rêvent de maintenir à leur tour en haleine un lectorat toujours plus avide. Mais quelle atmosphère donner à votre histoire? Comment structurer l’intrigue? Comment construire vos personnages pour qu’ils soient à la fois crédibles et consistants, pour qu’ils « portent » l’histoire d’un bout à l’autre sans lâcher le lecteur d’une semelle?»

Au Québec, le trimestriel Alibis entièrement consacré à la littérature policière, au mystère, au noir et au thriller tire bien son épingle du jeu depuis déjà 10 ans. À signaler chez Alibis un généreux volet en ligne en format PDF. À ne pas confondre avec le site français Alibi.

Aussi dans les ressources en ligne, l’excellent blogue Carnets noirs. «Carnets Noirs, c’est du polar et du noir sous toutes ses formes mais c’est aussi de la BD, des séries télé ou tout sujet dont il me plaira de parler» écrit l’auteure. Élément précieux de Carnets noirs, une blogoliste vers d’autres blogues ou sites triés sur le volet qui traitent des mêmes thèmes. N’oublions pas le blogue Le vent sombre – Chroniques du roman noir qui propose d’intéressantes découvertes.

Et comment ne pas parler de la Société du roman policier de Saint-Pacôme qui procédera cette année à sa dixième remise de prix du meilleur roman policier québécois francophone doté d’une bourse de trois mille dollars. La Société dévoilait la semaine dernière la liste des 34 candidats et candidates à ce prix qui sera remis le 24 septembre. Parmi ceux-ci, soulignons Chrystine Brouillet pour Double disparition (aussi lauréate en 2009 pour Promesses d’éternité) et Stanley Péan pour Bizango.

Mais une question persiste, pourquoi cette attirance si forte pour le genre policier? Qu’est-ce qui motive tant de gens (dont 70% de femmes, rappelons-le) à lire les péripéties des pires meurtres et des enquêteurs à la poursuite de leurs auteurs?

Ce serait selon Bernard Oudin, auteur de Le crime – Entre horreur et fascination (fortement recommandé) paru chez Gallimard une ambiguïté de sentiments écrit-il. «Une catastrophe, même si elle a pour origine une erreur humaine, a tout au plus des responsables. Un crime a, lui, un auteur, ce qui est bien différent.[…] Mais la plupart des criminels font naître des sentiments ambivalents, où l’attirance se mêle à la répulsion, l’admiration au mépris, la sympathie à l’hospitalité». Il parle aussi des «noces du crime et de la littérature» où la lecture d’un polar prend une forme ludique. «Dans sa formule la plus classique, le roman policier est un jeu de l’esprit qui oppose l’auteur au lecteur, celui-ci l’emportant s’il devine avant le dénouement le nom du coupable. C’est ce que les Anglais appellent un whodunnit,  »qui l’a fait »? Ce schéma, dont Agatha Christie fut la maîtresse incontestée, se situe à mille lieues de la réalité.»

Oudin explique, exemples à l’appui, le caractère invraisemblable de nombreux ouvrages des années 1930-1940, mais l’apparition d’un type nouveau de polars en 1977 avec Necropolis de Herbert Lieberman. «Pour la première fois, le héros est un médecin légiste. Ce ne serait pas la dernière fois.[…] Dans la mesure où les enquêtes criminelles contemporaines donnent de plus en plus de place à la police scientifique ou à ce qu’on appelle maintenant les  »sciences forensiques » (principes et techniques scientifiques utilisés dans une enquête criminelle), il n’y a rien d’étonnant à ce qu’on retrouve les professionnels dans les œuvres de fiction : médecins légistes, profilers sont devenus des héros de romans.»

Et l’avenir du polar? Laissons le mot de la fin à l’auteur suédois Henning Mankell.

«Parce que la société change, le roman policier aussi se renouvellera. Les auteurs habiles ont toujours compris qu’en ayant recours au crime comme miroir, c’est une manière efficace de parler des contradictions de la société, entre hommes et femmes, entre les rêves et la réalité, entre les riches et les pauvres. Et n’oubliez pas les contradictions à l’intérieur de vous mêmes. Tout ce genre littéraire est un miroir.»

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