Cadres Noirs de Pierre Lemaître

Cadres noirsOn est davantage habitués aux thrillers policiers ou d’espionnage, mais voici un thriller social français, Cadres noirs, par nul autre que le lauréat du Prix Goncourt 2013, Pierre Lemaître. Alain Delambre, 57 ans, a fait carrière dans la gestion des ressources humaines au sein d’une moyenne entreprise. Sauf qu’il y a quatre ans, à la faveur du rachat de l’entreprise qui l’emploie, et rationalisation structurelle oblige, on lui préfère un directeur des ressources humaines plus jeune. Habitué à gérer des embauches et des licenciements, des départs à la retraite et tout ce que comporte la gestion du personnel, c’est maintenant lui qui se retrouve au chômage.

Rien d’évident pour un chômeur dans la cinquantaine. Delambre est marié et père de deux filles maintenant adultes et autonomes. Il vit avec sa femme, Nicole, dans un appartement qu’ils ont presque fini de payer, petit, mais qui convient parfaitement à leurs besoins. Au début de cette « cessation d’emploi », le salaire de Nicole suffit, mais le couple s’impose des économies et adopte un mode de vie de plus en plus frugal. L’ancien cadre a du mal à s’adapter à ce nouveau mode de vie. Peu employable en raison de son âge, malgré son expérience et un parcours professionnel sans faute, il se résout à accepter de petits emplois à l’insu de sa famille. Après tout, on a sa fierté chez les Delambre.

Il tombe alors sur une annonce d’offre d’emploi. Un cabinet de consultants cherche à recruter pour un de ses clients un assistant aux ressources humaines. Le candidat recherché : « Polyvalent, méthodique, rigoureux, il sera doté de véritables qualités relationnelles. » C’est tout à fait moi, se dit-il, et envoie son CV à l’agence de recrutement. On le convoque pour des tests, et quelques jours plus tard, heureuse surprise, on lui apprend que sa candidature est retenue en sélection finale.

Et le test final? « Notre client doit évaluer quelques-uns de ses cadres supérieurs. Votre mission consistera à conduire cette épreuve d’évaluation. Vous serez testé… dans votre capacité à tester, si je puis dire » lui explique le chef recruteur qui ajoute « Nous allons simuler une prise d’otages… et votre mission consiste à placer ces cadres dans une situation de stress suffisamment intense pour nous permettre de mesurer leur sang-froid, leur capacité à résister à des pressions violentes, à rester fidèles aux valeurs de l’entreprise à laquelle ils appartiennent. »

Et c’est dans cette galère assez tordue, merci, qu’Alain Delambre décide de s’embarquer.

Le récit est divisé en trois parties, l’avant, le pendant et l’après. L’avant, c’est la préparation de Delambre à l’épreuve. La narration du « pendant » est réservée à l’organisateur de la simulation de prise d’otages. Et pour l’après… Le style est simple, sans être dénué, d’une écriture compacte et incisive. On y croit.

L’idée de l’organisation d’une prise d’otages fictive pour évaluer des cadres est tirée de faits réels survenus en France en 2005, et pour laquelle l’entreprise responsable (une agence de pub) a été condamnée par un tribunal.

Si l’idée paraît excessive et surtout dangereuse, on ne pousse pas sans risque à l’extrême limite la capacité des gens à réagir devant un danger, elle illustre quand même ce à quoi sont prêts certains patrons pour confronter leurs cadres à des épreuves « réalité » décisives. Mais l’ensemble du récit de Cadres noirs porte et soutient aussi la notion de désespoir qui peut s’emparer d’une personne privée de la dignité que lui apporte son travail, du sentiment de contribuer à la société, de faire « sa juste part ».

Un fort bon roman aux multiples rebondissements.

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