À propos des tueurs à gages

Cible« C’est facile de tuer un homme, mais difficile de bien le tuer. Ceux qui le font bien le savent. Ceux qui le font mal le découvrent à leurs dépens. » Cette phrase tirée de Il faut tuer Lewis Winter (The Necessary Death of Lewis Winter) de l’auteur écossais Malcolm Mackay résume bien l’essence de sa Trilogie de Glasgow dont le personnage principal est Calum MacLean, tueur à gages de haut niveau, et dont je vous reparlerai bientôt.

Mais qui sont ces assassins sur commande qu’on retrouve au fil de la littérature policière ou dont on lit à l’occasion les exploits dans la rubrique des affaires criminelles? Un groupe de chercheurs du centre de criminologie appliquée de l’Université de Birmingham (R.-U.) s’est intéressé à la question et à partir d’articles de presse, de dossiers des tribunaux, d’entretiens confidentiels avec des informateurs et d’autres sources a tenté de dresser une typologie des tueurs à gages britanniques. Ils ont donc analysé 27 « contrats » de 1974 à 2013. Les tueurs répertoriés (c’est un métier d’homme, on ne trouve qu’une seule femme dans l’échantillon) étaient âgés de 15 et 63 ans, l’âge moyen du tueur à gages britannique était de 38 ans, celui des victimes de 36 ans.

Les chercheurs ont donc pu établir quatre grandes catégories de tueurs à gages, soit le novice, le dilettante, l’artisan et le maître.

Évidemment, le novice est débutant, il en est habituellement à ses premières armes (si on peut dire). S’il manque d’expérience, il est cependant à redouter s’il est intelligent et habile parce qu’il pourra gravir dans la hiérarchie des sbires s’il ne commet pas trop d’imprudences.

Caractéristique du dilettante, il est habituellement plus âgé que ses collègues des autres groupes, moins susceptible d’avoir un dossier criminel, et peut parfois avoir accepté un contrat pour des raisons surtout financières. Il n’aura pas l’enthousiasme du novice ni le souci de bien faire de l’artisan.

Pour sa part, l’artisan se montre comme un exécutant capable, fiable, mais sa vulnérabilité vient du fait qu’il est souvent « connu des milieux policiers », qu’il opère dans son milieu et qu’il soit assez fréquemment connu de ses victimes ce qui donne aux enquêteurs des pistes à suivre.

Les chercheurs avancent que la plupart des assassinats commandés sont commis par des individus appartenant à l’un ou l’autre de ces trois types. Les méthodes sont « communes et ordinaires », tout comme les motifs. Mais, « nous reconnaissons que nos résultats ne tiennent manifestement compte que de ceux qui ont été arrêtés, les tueurs à gages qui sont toujours en liberté pourraient afficher un profil différent de ce que nous présentons ici », écrivent-ils.

Puis, il y a le maître, le tueur à gages de haut niveau. Les chercheurs estiment qu’il est le plus difficile à décrire parce qu’il est le moins susceptible de se faire attraper, donc de se prêter à une entrevue avec des chercheurs universitaires. Il possède une connaissance approfondie des armes, souvent acquise par une expérience militaire ou paramilitaire. C’est un professionnel de l’extérieur qui reçoit une « commande », arrive dans une ville, planifie son coup, l’exécute avec précision, puis disparaît sans laisser de témoins ou d’indices à la police locale.

Quelques autres constatations des recherches, du moins à partir de leur échantillon des trois premiers groupes.

Le prix moyen d’un contrat était d’environ 20 mille dollars, le plus élevé de 100 mille dollars, et le moins élevé de 300 dollars (une histoire liée à des gangs de rue). Le plus souvent, pour une raison inexpliquée et sans signification statistique pour les chercheurs, les assassinats ont lieu un mardi. Dans plus des deux tiers des cas, on privilégie l’utilisation d’une arme à feu de type pistolet ou révolver.

Les motifs varient beaucoup, qu’il s’agisse de disputes entre gangs ou organisations criminelles, de querelles amoureuses, de crimes d’honneur. On trouve aussi des cas d’erreur sur la personne. Contrairement au cinéma, on ne tue pas dans un décor de pièces enfumées, de bars ou de casinos. Bien souvent c’est en public, à l’extérieur, sur le trottoir alors que la victime promène tout simplement son chien.

Voilà une recherche qui pourrait bien éclairer les auteurs de polars et autres romans à sensations fortes. Le rapport de recherche complet sera publié sous peu dans The Howard Journal of Criminal Justice.

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