À propos de livres

Il y a quelques jours je me suis replongé dans l’univers de John Dunning avec pour tremplin Booked to Die (publié en français sous le titre Destinataire inconnu chez Calman-Lévy). Publié en 1992, ce roman est le premier d’une série dont le personnage principal est l’inspecteur Cliff Janeway de la brigade des homicides de Denver (Colorado). Policier atypique, Janeway entretient une vive passion pour les livres rares, il les collectionne depuis des années, son appartement en est plein. C’est avec l’assassinat d’un chineur de livres, Bobby Westfall, que débute le récit fort bien mené par Dunning.

Westfall est trouvé mort dans une ruelle aux petites heures de la nuit, le crâne éclaté. Janeway et son collègue Neal Hennessy amorcent l’enquête. Au départ, il semble que le crime s’inscrive dans une série d’assassinats de clochards que les enquêteurs tentent de lier à un certain psychopathe local, mais ils n’ont aucune preuve qu’il y a un lien, seulement une présomption. Quand l’identité de la victime est établie, Janeway se souvient de l’avoir rencontrée à quelques reprises dans des librairies d’occasion et de livres rares. Dunning amène alors son personnage, et nous du même coup, dans une tournée des librairies de Denver et des personnages colorés qui gagnent leur vie de la vente et de l’achat de livres, à la recherche d’indices sur un motif ou un coupable.

Janeway commettra une bévue professionnelle qui mettra un terme à sa carrière de policier et l’exposera à une poursuite judiciaire. Qu’à cela ne tienne, disposant d’une importante collection personnelle, il en fait son fonds de commerce et se convertit en bouquiniste. Je n’ose en dire plus par crainte de gâcher pour vous le dénouement.

Outre la trame du roman qui est complexe, mais tissée serrée, c’est l’immersion dans le monde des livres qui s’avère fort instructive. Livres neufs et usagés, premières éditions signées ou dédicacées par les auteurs, livres de collection, marchands, revendeurs, chineurs et acheteurs avisés nous sont décrits avec grande efficacité par Dunning. Particulièrement éclairants sont les conseils aux chineurs et acheteurs en préface du roman. D’abord, il faut savoir distinguer une édition d’une autre… Toujours acheter le meilleur exemplaire qui soit… À première vue, ne vous laissez pas trop impressionner par le vieux cuir… N’oubliez pas que la valeur à long terme d’un ouvrage récent est, au mieux, sujette à caution… etc., etc. Et aussi, Prenez du plaisir dans votre recherche. Savourez-en les différents aspects. La formule est peut-être éculée, mais achetez ce que vous aimez. Quand on s’y tient, il est difficile de se tromper. Et plus loin, Un livre qu’on aime sur un rayonnage, c’est une vision réconfortante.

Si Dunning maîtrise bien la construction de personnages, son propre parcours est hors du commun. Né à Brooklyn en 1942, il abandonne ses études en dixième année pour cause de trouble de déficit de l’attention (TDA), un problème qui échappait au diagnostic à l’époque et dont on attribuait les symptômes à de la simple étourderie. Il est tour à tour commis chez un vendeur de verre, homme de chevaux, puis commis à la bibliothèque du Denver Post.

Il est promu à la salle de rédaction, puis désigné responsable d’une équipe de trois journalistes d’enquête, et parallèlement se met à l’écriture de récits. Pendant trente ans il collectionne aussi les enregistrements de vieilles émissions de radio et anime vingt-cinq ans sa propre émission de radio sur ce thème. Il fait un saut en politique comme attaché de presse, puis enseigne l’écriture et le journalisme à l’université de Denver. En 1984, avec sa femme Helen, il ouvre sa librairie, Old Algonquin Bookstore, qui fermera dix ans plus tard pour prendre la voie du commerce en ligne. Il se spécialise dans les éditions épuisées, introuvables ailleurs. Étonnamment, son catalogue en ligne ne contient que six de ses propres ouvrages, dont deux traductions en japonais, une en français et une en portugais.

Ce qui étonne aussi c’est la persévérance dont il a dû faire preuve tout au long de son cheminement professionnel en raison de son TDA. Il raconte que bien souvent, il lui fallait huit ou dix heures pour accomplir deux bonnes heures de travail. Remarquable ténacité quand on sait qu’il a, en plus de toutes ses activités, écrit cinq romans de la série Cliff Janeway, trois autres polars, deux romans et deux livres sur l’histoire de la radio entre 1925 et 1976.

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