Radiant City : Des écorchés de la vie

Radiant CityJe vous parlais en octobre dernier de l’excellent roman de la Montréalaise d’origine Lauren B. Davis publié en mai 2013, L’Alcoolique (The Empty Room) et je terminais sur une réflexion de l’auteure à propos de ses propres lectures, à savoir «Jai en moi un dilemme entre les auteurs astucieux et les auteurs compatissants. Sur le plan cérébral, j’aime bien les astucieux. Mais si on parle de livres qui m’habiteront pour le reste de ma vie, ce seront toujours des livres sur la compassion.»

The Radiant City publié en 2006 est un des premiers ouvrages de Lauren B. Davis et dont l’action se déroule à Paris. Matthew Bowles est un journaliste baroudeur qui couvre les points chauds de la planète, lire ici ces endroits où, ponctuellement, on meurt au gros et au détail. Les affectations se suivent. Liban, Rwanda, Bosnie, Kosovo, Afghanistan, Iraq. Jusqu’au jour où il est à Hébron (Cisjordanie). Faisant fi du principe de non-intervention que s’imposent les journalistes, il s’interpose entre des soldats israéliens qui canardent la foule et un père qui tente de récupérer son enfant dans la rue. Il est grièvement blessé, atteint de plusieurs balles. La presse internationale s’empare de l’affaire et fait de lui un héros, un rôle qu’il refuse de jouer.

C’est l’état de stress post-traumatique pour Matthew. Incapable physiquement et psychologiquement de travailler, il retourne à son pied-à-terre aux États-Unis, liquide ses biens et ses affaires (dont une relation avec une avocate) et avec le maigre produit du bradage il s’installe à Paris dans un modeste appartement du 8e arrondissement. Il a peu de moyens, son existence est frugale. Mais comme l’histoire de Hébron en a fait bien malgré lui une quasi-vedette, un agent littéraire a tôt fait de lui proposer d’écrire un livre sur son expérience. Par besoin plus que par envie, il accepte, l’offre d’un généreux à-valoir pesant lourd sur sa décision.

Peu à peu il se remet physiquement, mais le drame continue de l’habiter. Il renoue avec Jack Sadler, ex-journaliste, mercenaire et quoi encore, un autre baroudeur qui lui a déjà sauvé la vie au Kosovo et qui lui aussi est installé à Paris. Au Bar Bok-Bok où Jack Sadler a ses habitudes, Matthew rencontre aussi Anthony, ex-policier new-yorkais à la retraite forcée à la suite d’une fracture du crâne qui a laissé des séquelles. Puis une Suzi accro à la poudre et à son chagrin de mère orpheline.

Mais il y a aussi dans le nouvel univers de Matthew la famille Ferhat, une famille libanaise qui gagne tant bien que mal sa vie avec son resto/café Chez Elias voisin de son appartement. Il y a Elias, le patriarche vieillissant, sa fille Saida qui fait rouler le café avec l’aide de moins en moins enthousiaste de son frère Ramzi qui rêve d’un autre ailleurs, et puis Joseph le fils ado de Saida. Peu à peu, Matthew gagne la confiance des Ferhat et en apprend davantage sur les raisons de leur exil. Des amochés de la vie.

Entouré de cette faune qu’il tente d’apprivoiser, Matthew se met à écrire et Davis nous donne en parallèle du récit un aperçu de ce qui serait, malgré l’âge du journaliste, les mémoires d’un correspondant de guerre. Matthew apprendra que si ce ne sont pas les guerres qui manquent, encore faut-il choisir ses combats.

Paris, Ville lumière, cette lumière qui peut tant éclairer qu’aveugler.

Lauren B DavisDavis écrit dans son site Web qu’un ami un jour lui a dit croire que la définition du péché originel se résume à l’incapacité des humains d’apprendre de leurs erreurs. «Je pense que c’est là la meilleure définition que j’aie entendue. Et c’est précisément ce contre quoi se battent les personnages de Radiant City, l’incapacité d’apprendre de leurs passés dévastateurs. Ils sont tous des amochés, des survivants fragiles d’une forme ou l’autre de violence, et pourtant ils s’avouent incapables mettre cette violence derrière eux.»

Je parlais en début de texte de livres sur la compassion, et The Radiant City en est un. Lauren Davis a ce grand talent de nous rendre ses personnages, même fêlés, sympathiques, voire attachants. On y trouve chez eux beaucoup de compassion, non pas celle de l’apitoiement ou de la pitié, plutôt celle de la bienveillance et indulgence. Un très beau livre sur les sentiments, l’appartenance, la loyauté.

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